27 septembre 2009
Sport ou jeux de cour, telle est la question
Nos puces ne font partie d'aucun club sportif. Ca ne les intéresse pas pour le moment. Cela ne les empêche pas d'utiliser quotidiennement l'ensemble de leur corps dans diverses activités : courir (trappe-trappe, courses de vitesse, etc.), sauter (chat perché, sauter de rocher en rocher, etc.), grimper et escalader (aux arbres, sur des rochers, par-dessus une barrière, un petit mur d'escalade à l'aire de jeux, jouer à chat perché, etc.), faire du vélo, de la trottinette, du roller, jeux de ballons divers seule ou ensemble (viser une cible, s'entraîner à dribbler, se faire passer le ballon, etc.), jeux de raquettes (avec une balle en mousse, avec un volant), maîtrise du corps et équilibre (1 2 3 soleil, marcher sur un rondin, sur un banc), gymnastique (roulades avant et arrière, chandelle, enchaînements de mouvements pour un spectacle enfantin, s'entraîner à marcher sur les mains, etc.), danser (danse improvisée ou apprendre à danser comme Antonnella) et probablement d'autres choses auxquelles je ne pense pas. Ces activités font partie intégrante de leurs vies, sont vécues comme des jeux. Et bien entendu, il s'agit d'activités libres, c'est-à-dire que je ne les impose pas à des horaires choisis par moi, pendant une durée choisie par moi, à un rythme choisi par moi, et s'il m'arrive de donner des directives c'est sur leur demande expresse lorsqu'elles n'arrivent pas à faire un mouvement et qu'elles veulent un exemple ou une explication. Il m'arrive également de leur expliquer pourquoi on ne va pas se baigner juste après le repas, qu'utiliser son corps fait intervenir les muscles, que la fréquence d'utilisation agit sur le développement musculaire, que respecter des règles communes permet de pouvoir jouer tous ensemble avec moins de disputes, etc. Voilà donc comment nos puces développent leur motricité et la maîtrise de leur corps. Notre démarche éducative dans le domaine de l'éducation sportive est conforme au décret qui précise le socle de connaissances devant être acquis à 16 ans.
Mais, car il y a un mais, elle n'est pas du goût de l'inspectrice qui est venue vérifier l'enseignement que reçoit Puce. En effet, selon elle, il ne s'agit pas là d'éducation physique et sportive, mais tout juste de "jeux de cour". En effet, il manque à notre démarche, toujours selon elle (mais pas selon la loi), une certaine dose de contrainte. Sans oublier que l'éducation sportive, toujours selon elle, doit avoir un objet bien défini et en lien avec les autres apprentissages ; par exemple, l'adulte doit demander à l'enfant de faire un mouvement de bras défini et ayant pour but de favoriser son apprentissage de l'écriture. Je veux bien croire qu'un enfant qui n'est pas prêt à apprendre à écrire ait besoin d'être forcé encouragé par divers mouvements, si le but est de l'obliger lui permettre de suivre le rythme d'apprentissage défini par un programme externe à lui et arbitraire. Mais en IEF, cela ne s'impose pas si le choix éducatif est de suivre le développement normal et naturel de chaque enfant et non d'imposer un rythme d'acquisition sans lien avec le développement (moteur, intellectuel, affectif, etc.) de chaque enfant. L'inspectrice a aussi reproché que nos "jeux de cour" ne permettent pas à Puce d'expérimenter l'opposition et la coopération avec d'autres enfants. Il me semble pourtant que jouer au ballon, à cache-cache, à chat perché, à la course à l'oeuf (seul ou en relais), faire une course de vitesse avec ses soeurs ou avec des amis est une façon de se retrouver en situation d'opposition ou de coopération... A noter tout de même que les situations d'opposition et de coopération se retrouvent également dans les jeux de société. Enfin, elle a reproché que les activités physiques de Puce ne soient que des exutoires et non de véritables activités physiques. Quand on connaît le calme de Puce, on sait qu'elle n'est pas de ces enfants qui ont besoin d'aller courir et crier pour dépenser un trop plein d'énergie ;-) , énergie, par ailleurs, qu'elle a déjà dépensé de façon normale au cours de sa journée, puisqu'elle n'est pas enfermée dans une pièce et assise sur une chaise contre son gré plusieurs heures par jour. En bref, l'inspectrice a principalement reproché le manque de contraintes imposées et a décidé de dénigrer les activités de Puce.
C'était il y a quelques mois. Et puis j'ai découvert le sport tel qu'il est pensé par les professeurs des écoles lors d'une sortie en famille au parc il y a quelques jours. Il y avait trois classes de primaire. La première faisait du vélo : les enfants devaient suivre l'instituteur autour du parc, puis dans un second temps ils devaient faire des tours sur un parcours donné pendant que l'instit tentait d'apprendre à un enfant, visiblement pas prêt à faire du vélo et au bord des larmes, à pédaler sans aide. La deuxième classe était en parcours d'orientation (les puces adorent les chasses au trésor qu'on organise dans le jardin :-) ), l'instit était assis sur un banc, donnait les directives, puis attendait en poussant régulièrement des "Magnez-vous !", "Qu'est-ce que vous foutez, vous rêvez ou quoi ?" [on admire au passage le niveau de langue... :-/ ], "Quoi encore, t'as pas compris ce qu'il faut faire ?" de sa grosse voix, qui a fait dire au papa des puces "Mais il les prépare à l'armée ou quoi ?". Et la troisième classe grimpait sur une sorte d'immense toile d'araignée en chahutant, pendant que les deux instits parlaient à une dizaine de mètres de là, puis ont levé les yeux vers les enfants une demi-heure plus tard et ont dit "C'est terminé, vous descendez maintenant", avant de se retourner et de commencer à partir tout en continuant à discuter. A ce moment-là, un garçon tombe de la toile (préalablement secouée fortement par un autre), se met à pleurer en tenant sa jambe et appelle "Maîtresse !" qui ne l'entend pas, alors le garçon finit par se relever et lance à un autre enfant un agressif "Fils de pute, tu vas voir après !", toujours sans qu'aucun instit ne le voit ni l'entende, et donc n'intervienne.
Que penser de ces trois cours d'éducation sportive scolaire ? D'une part, qu'il s'en dégage une certaine dose d'agressivité et de violence (verbale et gestuelle, sans oublier l'indifférence ou le fait de forcer quelqu'un quitte à le faire pleurer qui sont des violences silencieuses mais non moins réelles) tant de la part de certains enfants que de la part de certains adultes [et dire que ce n'est que le début de l'année scolaire... qu'est-ce que ça doit être en fin d'année ! :-(( ], et cela ne fait que nous conforter dans notre choix de non-scolarisation et n'a pas donné envie aux puces d'aller à l'école. D'autre part que cela ne m'a pas permis de comprendre la différence profonde entre nos "jeux de cour" [faire du vélo, courir, grimper, etc.] et l'"éducation sportive" [faire du vélo, courir, grimper que nous avons pu observer in situ] que l'inspectrice voudrait que l'on mette en place... hormis le fait que nos activités ne sont pas imposées et sont le plus souvent vécues dans le plaisir et la bonne humeur.
Commentaires
Ca fait mal au coeur. Plus les années passent, loin de l'école et de tout ça, plus ça nous heurte et nous fait mal au coeur.
A côté de chez nous, il y a les nounous et les petits qu'elles gardent. Au secours !!! Ca m'est arrivé de partir en pleurant après être intervenue ou pas :-(
Ah tiens, tu reblogues ! : ))
Ravie de te relire, d'autant que nous avons visiblement pensé au même thème : le sport et l'ief. : ) J'ai édulcoré mon message après réflexion et finalement je le regrette un peu. Tout à fait d'accord avec toi, je ne parviens pas à adhérer à l'esprit sportif scolaire. En ce qui me concerne, je suis particulièrement choquée par la notion d'évaluation et celle de compétition qui sont liées au sport à l'école.
@mamansursaplanet : Oui, j'ai déjà croisé des nounous avec une attitude franchement limite avec les petits. Et aussi des parents avec leurs enfants... J'ai tendance à limiter les sorties au parc à cause de ces personnes :-(
@lysalys : Je partage ta position sur la pratique sportive en milieu scolaire. J'ai plutôt tendance à considérer le sport comme une pratique visant à développer le corps dans sa globalité et non comme une pratique pour exacerber l'esprit de compétition (qui lui se développe très bien tout seul sans avoir à en rajouter !).
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