09 mars 2007
Mais euh, et la socialisation, alors ?
La Farandole Sans Ecole... une main qui tient une main qui tient une main qui tient une main... des chants et de la musique, des couleurs et des rythmes qui varient d'une main à l'autre... tout ça pour une longue et belle farandole...
--- Mais euh, et la socialisation, alors ? ---
La socialisation ! Un grand mot qui donne bien des maux à l'instruction en famille, tant ce mot semble détenir toute les vertus, et tant on s'imagine que l'instruction en famille ne peut rimer avec socialisation. Mais d'abord, je jette un oeil dans mon dictionnaire [un vieux Petit Larrousse Illustré de 1982, j'aime bien les vieux dicos, je trouve qu'ils ont un vocabulaire plus riche et plus authentique]. Alors cherchons d'abord socialisation...
Socialisation : Action de socialiser.
Bon, ça m'avance bien, ça. Donc cherchons socialiser...
Socialiser : verbe transitif. [Donc on ne peut pas se socialiser (ni le dire...), on ne peut que socialier quelque chose ou quelqu'un. Du moins en 1982, c'était comme ça ;-) Continuons...] Déposséder par rachat, expropriation ou réquisition les personnes propriétaires de certains moyens de production ou d'échange, au bénéfice d'une collectivité.
Tiens, c'est intéressant, ça... Mais c'est pas très clair... Donc socialiser son enfant, ce serait le déposséder de... de quoi, d'abord ? d'un moyen de production, il dit, le dictionnaire... donc ce serait le déposséder de sa force de travail ? Moui, pourquoi pas. Ou d'un moyen d'échange, il dit aussi, le dictionnaire. Ce qui voudrait dire le déposséder de sa manière de communiquer ? Ah, peut-être... Enfin, en tout cas, la définition finit par "au bénéfice d'une collectivité", donc on le dépossède de sa capacité de travail ou de son moyen de communication au profit du pays. Tiens, je voyais pas la socialisation comme ça, mais bon, c'est le dictionnaire qui dit ça.
Ah, mais y'a une autre définition après,j'avais pas tout lu ! C'est peut-être pour ça que je ne voyais pas le sens de cette définition qui mettait l'individu, ou plutôt ses capacités, au service du pays... Alors allons voir cette deuxième définition :
Socialiser : Adapter un individu aux exigences de la vie sociale.
Ah, ben déjà, ça me semble un peu plus d'à propos. Quoi que, à y réflêchir, le sens n'est pas si éloigner. Là on ne dépossède plus, on adapte. Une question de nuances...
Donc, socialiser, c'est adapter à la vie de la collectivité [je viens de regarder à "social", je vous épargne la définition ;-) ]. Adapter. Façonner de l'extérieur, donc, puisque que socialiser est transitif, et adapter aussi. Mais revenons-en à nos moutons : la socialisation et l'instruction en famille. Si socialiser un enfant, c'est l'adapter à la vie sociale, je ne vois pas en quoi l'instruction en famille ne permet pas ça ?! Pourtant c'est ce que l'on reproche souvent -à tort- à l'instruction en famille [en est témoin la fameuse question "Et la socialisation, alors ?", ou une de ses nombreuses variantes, si souvent entendues et lues]. Il me semble que les parents sont les premiers à pouvoir montrer à leur enfant [on sait maintenant que les enfants apprennent bien plus, et surtout mieux, en imitant, donc par l'exemple, qu'en apprenant par coeur les leçons théoriques sur le comment on se tient dans telle situation sociale. Ca me fait penser à la boutade "Fais ce que je dis, pas ce que je fais". Tout le monde sait bien que c'est pas comme ça que ça marche, ça serait trop simple ! ;-) ] je disais donc qu'il me semble que les parents sont les premiers à pouvoir montrer à leur enfant comment on doit se comporter dans la vie en société. Pourquoi ? Tout simplement parce que les enfants imitent leurs parents, les voient vivre et évoluer dans la société [l'instruction en famille permet aux enfants d'accompagner leurs parents dans la "vraie" vie, enfin chez nous c'est comme ça]. Et aussi parce que ce sont les parents qui éduquent [même si j'aime pas ce mot, c'est celui qui est couramment utilisé... mais je préfère accompagner...] les enfants, c'est à eux -les parents donc- qu'incombent cette responsabilité [et non à l'EN, qui confond d'ailleurs éducation et instruction, on devrait proposer que soit renommer ce ministère en Instruction nationale, ça serait quand même plus proche de son objet et de son but... quoi que, à y réflêchir, si les enfants passent la plus grande partie de leurs journées avec le personnel de l'Education nationale, ben, ils ont peut-être raison de l'appeler comme ça, car un enfant apprend avec les personnes avec qui il passe du temps, donc si c'est l'EN...].
Voilà pour la partie théorique, ce que dit le dictionnaire de ce qu'est la socialisation. Mais perso, j'entends plus souvent "Et la sociabilisation, alors ?" Pas la socialisation, hein, la sociabilisation. Allez, je ressors mon Petit Larrousse :
Sociabilisation : zut, ça n'existe pas ! Bon, je vais chercher à sociabiliser alors...
Sociabiliser : re-zut, ça n'y est pas non plus ! Par contre, il y a sociabilité, c'est peut-être ça que les gens veulent dire avec "sociabilisation" ?? Un mix entre socialisation et sociabilité ? Alors, que dit le dico là-dessus ?
Sociabilité : Qualité d'une personne sociable. Ben tiens, ça m'aurait étonnée, ça. Vous avez remarqué, vous aussi, comment, pour trouver la définition d'un mot, il faut généralement en étudier plusieurs ?!! Allez hop, allons voir l'adjectif...
Sociable : Qui recherche la compagnie de ses semblables. Ah. Donc il faut apprendre à nos enfants à préférer être avec d'autres, à être en groupe ? Tiens, c'est étrange de vouloir absolument que les enfants aiment les activités de groupe. Pourquoi devrait-on préférer le sport collectif au sport individuel ? C'est une affaire de goût, ça, non ? Enfin, cela dit, je ne vois pas en quoi l'instruction en famille empêcherait les enfants de rechercher la compagnie des autres. Il y a plein de choses qu'on peut faire pour trouver d'autres personnes et faire des trucs en groupe sans aller 6 à 8 heures par jour à l'école : les activités extra-scolaires, les sorties aux parcs, jardins, ludothèques et autres lieux publics, les activités associatives, voir des amis, les rencontres entre familles nonsco [et pour ceux qui disent que c'est pas bien parce que les enfants nonsco restent "entre eux", je ne vois pas où est le problème ? Les enfants scolarisés restent aussi entre eux que je sache, non ? Ben alors quoi ? Et puis de toutes façons, c'est pas vrai, les enfants nonsco cotoyent aussi des enfants scolarisés, puisqu'on ne peut pas dire qu'il y ait un grand nombre de familles nonsco en France pour l'instant.]
Il y a une deuxième définition de cet adjectif :
Sociable : Avec qui il est facile de vivre. Ouais, ben alors ça, ça n'a rien à voir avec le fait d'aller ou non à l'école ! Parce que j'en connais qui y sont allés à l'école et qui sont pourtant insupportables ! :-D
Ah, mais j'y pense, peut-être que c'est plutôt la peur que nos enfants ne puissent pas sortir de chez nous qui interroge et inquiète, et que c'est cela qu'il faut lire derrière cette fameuse question de la socialisation ? La crainte que nos enfants ne connaissent personne d'autre que leurs parents ? Et c'est cette peur qui ferait que certains [qui ne connaissent pas la nonsco] considèrent la nonsco comme dangereuse pour le développement harmonieux de nos enfants ? [bon, c'est sûr qu'avec ce que les media racontent... parfois on peut se poser des questions... mais il suffit de se renseigner pour savoir qu'il y a moins de cas d'enfants nonsco enfermés dans un cagibi qu'il y a d'enfants scolarisés victimes de racket ou de viol... et là, je ne parle pas de nombre de cas, mais de pourcentages -c'est plus représentatif un pourcentage-... bon, d'accord, elle est facile, mais elle n'en est pas moins vrai... Cela dit, si mes puces ne vont pas à l'école, ça n'a rien à voir avec ce que les média racontent de l'école, ça a plutôt à voir avec l'envie de vivre autre chose et d'apprendre autrement, et dans la société, dans la vraie vie, hein, pas dans sa marge, ni en-dehors d'elle ;-) ] Donc en fait, rien à voir avec la socialisation ![voir définition plus haut socialisation=adaptation] Ca aurait plutôt à voir avec le fait de pouvoir sortir de chez soi, de rencontrer d'autres personnes. Bref, de ne pas être enfermé ! [un peu comme les mères au foyer, sauf qu'elles, vu qu'elles sont adultes -ou alors c'est pour une autre raison plus obscure que je ne connais pas ?-, on se préoccupe peu de leur sort... mais je m'égare ;-) ] Mais il n'y a pas qu'à l'école [d'ailleurs à l'école les enfants cotoyent principalement des enfants de leur âge et du même quartier qui font les mêmes choses qu'eux : passer leurs journées à l'école, donc pour le côté variété, c'est pas ça...] qu'on peut cotoyer d'autres personnes régulièrement, et il est d'autant plus facile de voir du monde qu'on ne va pas à l'école : grands-parents, voisins, amis, camarades d'activités extra-scolaires, le boulanger ou l'épicier du quartier [paraît même qu'il y avait des épiciers nonsco, dis donc ! ;-) ], etc... Ou alors la question de la socialisation a à voir avec la crainte que les enfants nonsco ne puissent s'adapter à la vie en société ? [d'après la définition lue plus haut sur socialisation=adaptation] Mais comment pourraient-ils ne pas s'adapter à la vie en collectivité ? La vie en famille n'a-t-elle pas besoin d'un minimum de règles pour être vivable? [ne pas réveiller ceux qui dorment, ne pas mettre de yaourt dans le lit, s'habiller pour pouvoir être à l'heure à l'activité sportive ou ne pas arriver au magasin après sa fermeture, etc...]. Enfin bref, la question de la socialisation est-elle une question pertinente ou une crainte exprimée ? Mais vu la longueur de mon laïus qui, j'en suis sûre, ne répond pas à la question posée :-D (ou seulement pour un aspect de la question) , je concluerai par les propos de Jean Epstein, psycho-socioloque (propos d'autant plus intéressants que ce cher monsieur est en faveur de la scolarisation précoce dès l'âge de trois ans) :
La socialisation, c'est être capable de vivre en tant qu'individu et être reconnu dans ses compétences en compagnie des autres, à l'intérieur d'un groupe. Mais socialisation ne signifie pas collectivisation ou massification, et on peut être très sociable mais ne pas vouloir être toujours en groupe, et garder des moments pour soi, tranquille, sans personne. Ce n'est pas parce qu'on ne participe pas à des activités collectives qu'on est exclu.
Pour lire les autres témoignages sur ce thème : la Farandole Sans Ecole :-)
Commentaires
Pas lu...je ne veux pas être influencée, mais bravo ! T'es super à l'heure. Je râme moi...
Je reviendrai te lire quand j'aurais rendu ma copie ;-D
Et, euh...aussi, j'adore ta petite présentation de la farandole...très poétique.
Pour une fois que je ne m'y prends pas au dernier moment !
ça y est copie rendue à l'heure...donc j'ai lu, mais là je vais me coucher et je relirai demain, car c'est un peu philosophique pour l'horaire ;-D
J'ai lu même ce qui est écrit en petit et je confirme : les épiciers nonsco, ça eût existé. Moi aussi je suis à la bourre, mais je va le faire.
J'aime bien tes definitions.
Je crois , en plus qu'il y a souvent amalgame entre socialisation et sociabilite.
Je suis quelqu'un de solitaire et j'aime etre seule, cela veut il dire que je suis socialisee mais pas sociable ? Dur dur, ce pourrait etre un sujet de bac philo.
En tout cas merci pour ton explication detaillee.
Et pardon pour le manque d'accent, je suis sur mon qwerty
ah, les définitions tautologiques du larousse! LOL
la conclusion d'epstein est bien mise à propos je trouve :-)
citation
imprimée sur le mur de ma maison! aux toilettes pour être lue par le plus grand nombre! na!
sandra
PS : non que ton texte ne puisse paraître dans ma maison :-p mais un peu long pour certains :-p
Alors moi, influencée, j'ai pris mon Petit Robert édition 96, pour voir s'il proposait autre chose comme définition : et lui à socialiser, il nous met carrément en exemple la phrase :"l'école socialise les enfants" !
Bravo à toi pour cette recherche très précise de sens.
:-o Voilà pourquoi je préfère les vieux dicos : ils donnent des définitions en fonction du sens ou de l'étymologie, pas en fonction de ce que leurs auteurs croient savoir. Si même les dicos ne sont plus fiables, où va-t-on ??? Ca ne m'étonnerait pas que d'ici 10 ans on trouve des fôtes d'orthographe dans les dictionnaires :-/
Alors j'avoue que je suis bluffée !
Pas bête l'idée de le mettre dans les toilettes pour que tout le monde puisse le lire. ;) Mais en même temps il risque d'y avoir la queue ! lol.
J'ai ri, j'ai applaudi et finalement je me dis que tout ça est fort juste et mériterait d'être lu par plus de monde...
que ça fait du bien!
je l'imprime et je l'affiche, ça va m'aider à déculpabiliser quand de "charmantes personnes bien intentionnées" s'adresseront à moi, à nous pour nous louer la socialisation de l'école!
Dans le toilette!!!
C'est une bonne idée l'imprimer et le laisser dans le toilette, comment ça mon mari qui ne li pas cette type de chose très importantes va le faire. Merci pour l'idée.
Tiens, c'est étrange, mon Larousse 2001 me donne la définition du verbe "sociabiliser" : verbe transitif. Rendre sociable : intégrer dans la vie sociale.
Je cherchais justement une réponse sur le net, car à "socialiser", il est dit :
Verbe transitif : adapter un individu aux exigences de la vie sociale.
Je saisis mal la différence entre les deux verbes.
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